des agonies communautaires


Morte et enterrée, la Belgique ? Allons donc : depuis 177 ans, elle en est au moins à sa troisième agonie communautaire. Tenez : en 1840, déjà. L'ordre bourgeois, arrogant et francophone imposé dix ans plus tôt par ses pères fondateurs, encaisse déjà les premiers coups de boutoir de la Flandre qui exige très naturellement la parité linguistique. Tout commence donc très mal. Sous les flonflons et les « Amour sacré de la Patrie », tous les signes du délitement affleurent. Comme si la Belgique avait été « has been » avant d'avoir été vraiment…C'est que du Nord au Sud, la langue officielle est le français. On parle le français à l'armée, aux guichets de l'administration, au tribunal, dans l'enseignement secondaire et universitaire. Le flamand n'est « toléré » qu'à l'école primaire. Dans ce conflit de classes, les intellectuels flamands prêchent que « la langue est tout le peuple ». Ils se révoltent contre le vrai « calvaire social » que vit la Flandre d'en bas. Et puis il y a ces petits vicaires, qui partent en croisade contre le français, « accusé de charrier toutes les perversions » On exige que les affaires publiques en Flandre soient traitées en flamand. Mais aussi à l'université de Gand, dans les écoles… Oui : nous sommes en 1840 à peine ! Sept ans plus tard, Henri Conscience publie « Le Manifeste du mouvement flamand » : « La Belgique se trouve dans une situation artificielle… », écrit l'auteur du « Lion des Flandres. » Un pays artificiel : est-ce que le premier de nos… rois ne susurrait pas à peu près la même chose dès son débarquement d'Albion ?Et, à chaque « agonie », à chaque « fin d'époque », sa… commission ! En 1856, un gouvernement… De Decker, pour tenter de faire baisser la vapeur « flamingante » (le mot, déjà, est installé !), inaugure une « Commission des Griefs flamands ». Une tentative d'enterrement de première classe. Bernique. En 15 ans, les « griefs » sont bétonnés dans la loi. Cela va vite, cela va fort. Et… des Wallons s'inquiètent. Dès le milieu des années 80, Ligues et Cercles fleurissent au Sud mais aussi à Bruxelles et… en Flandre. Dame : Wallons et… « fransquillons » sont des alliés objectifs ; tous s'inquiètent des « revendications exagérées des flamingants » !Quand sont votées les premières grandes lois linguistiques, on entend et on lit des choses terribles : « Wallons et Flamands seront bientôt confinés dans leurs provinces. » Ou encore ceci, si contemporain : « Ce n'est plus la justice que l'on réclame, c'est l'asservissement des Wallons par les Flamands. »Jusqu'à « la grande et horrifiante vérité » de Destrée : « Sire il n'y a pas de Belges ». Nous sommes en 1912. La lettre du député socialiste marque un tournant capital dans notre histoire : la question belge ne se résume plus à un problème culturel ou linguistique. Elle est un problème de nationalité.Exit la Belgique de grand-papa. Celle de « papa », elle, meurt à petit feu sous nos yeux dans les années 70. Lentement mais inéluctablement, la Belgique unitaire et bon enfant, celle où les professeurs serinaient gravement que « Wallons et Flamands n'étaient que des prénoms… », se régionalise. Au ponant du XXe siècle, après quatre liftings aussi éreintants que le creusement de la jonction Nord-Midi, place à l'État fédéral. Il se compose « des communautés et des régions » (article 1 de la Constitution du 17 février 1994). Il comprend trois communautés (article 2). Mais aussi trois régions (article 3). Mais encore quatre régions linguistiques (article 4).C'est la Belgique du fédéralisme d'union. Du consensus plus ou moins mou. Celle de Baudouin, de Martens, de Dehaene. Celle… de Verhofstadt, encore, sous sa casquette de Premier ministre. C'est ce modèle-là qui est passé de vie à trépas ce mercredi, en une demi-heure, en commission de l'Intérieur de la Chambre. Dans un affrontement d'une brutalité et d'un cynisme politiques rarement égalés, une communauté unie comme un faisceau de baïonnettes, dans une alliance objective entre démocrates et néofascistes, a eu raison de l'autre. Ce n'est plus un vague sentiment ou un monôme de students dans les rues de Leuven. C'est un fait désormais : pratiquement l'ensemble de la classe politique flamande est contaminé. Du haut de sa santé économique insolente, la Flandre a fait triompher la loi du plus fort. Et qu'importe les moyens. Ce qui doit nous inquiéter et nous faire réfléchir, c'est précisément cette alliance objective entre les fascistes en costume trois-pièces et les séparatistes « de raison ».Voila pourquoi le 7/11/2007 trouvera assurément sa place dans les manuels d'histoire comme le jour où a été enterré le fédéralisme d'union. Et… le cordon sanitaire.Toute la question est de savoir sous quels atours la Belgique va se « réincarner » demain. Et si elle dispose d'autant de vies que le chat paresseux à qui Shiva, souverain des Sphères, accorda naguère ses bénéfices…Mais au fond, la réalisation de l'ambition de la Flandre passe-t-elle nécessairement par l'éclatement… final du royaume ?Pas sûr du tout… jusqu'à preuve du contraire et sous réserve de la disponibilité de l'Europe à accueillir quelques micro-États nouveaux : la réussite de la Flandre s'appuie sur l'existence même de la Belgique. Ce pays est à la fois son vivier et son tremplin. On serait dès lors prêt à parier une portion de boudin contre douze plates de Zélande que, bien avant son 180e anniversaire, la Belgique sera une confédération. Un agrégat de mini-États quasi autonomes plutôt qu'un royaume explosé. Edito de Delfosse dans le Soir, ce soir. Il se pourrait que cela vienne ainsi. Mais comme je dois vous ennuyer avec ces choses insignifiantes.

Jpol

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Cher ami,


J'ouvre bien tardivement votre courrier et je vous prie de m'en excuser. Jamais vous ne m'ennuierez, de cela vous pouvez être certain.

Je suis bretonne et donc d'un pays sans autre réalité administrative que celle d'être région mais pays dont l'identité nous habite, nous structure et chante en nous. Je peux donc avec passion vous écouter parler d'un pays qui se construit et se déconstruit pour se reconstruire en écho à cette drôle d'aventure que nous voulons appeler Europe. Je peux frémir avec vous et me tasser devant les images de têtes rasées aux bouches déformées qui brandissent un malheureux drapeaux en injuriant ceux qui diffèrent de leur norme. Il m'arrive de me demander ce qui se passe en Flandre et ailleurs pour n'entendre que la voix de ceux-là...alors je lis et cherche le bruissement de ceux qui flamands ou wallons persévèrent à parler au lieu de vociférer.

Comment pourriez vous m'ennuyer avec des choses si signifiantes ?

Pol