Après (ou avant) la frontière...
L'ascenceur à bateaux.
Pol
Cher ami,
Moins spectaculaire le passage de la frontière sans douanier et surtout sans changement de langues et cependant la frontière d'ici à là-bas reste marquée de bâtiments douaniers, l'autoroute change de nom, les échangeurs deviennent diffuseurs, les bouchons sont files et la vitesse limitée à 120 km/heure.
C'est imperceptible et pourtant réel. Je suis ailleurs.
Il y avait Bourvil et nous chantions à tue-tête "Tout ça ne vaut pas un clair de lune à Maubeuge, tout ça ne vaut pas...".
Il apparaît que nous avons besoin de frontières et que notre siècle ne fait qu'en créer de décennies en décennies. A ce sujet je ne saurai que vous conseiller d'écouter l'émission Travaux publics de ce jour sur France Culture http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/travaux/index.php. Passionnant!
Savez-vous quand je retourne vers la Bretagne, je sais quand je franchis les marches. Je sais d'infimes signes et voilà ce sentiment d'appartenance, cette légère euphorie d'un sentiment océanique. Irremplaçables signes.
A vous en votre beau pays.
Pol
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Très Chère,
Vous nous avez traversé de part en part. Le conducteur allemand qui se rend en France va nous traverser de part en part en moins d’une heure et demi. La plupart du temps, il roulera entre deux haies d’arbres aujourd’hui presque quadragénaires, déployées de chaque côté de l’autoroute. Il quittera la région sans imaginer un instant la vie, la culture, la société qui gigote à cent mètres du ruban de béton ou d’asphalte. Nous sommes si petit et si étroit géographiquement que les danois qui descendent en été vers le sud croient que nous sommes la frontière, la ligne de démarcation entre le pays flamand et la France. Ils ne nous voient pas. Je vous confie que c’est bien ainsi. Déjà que les hollandais ont fait grimper les prix de l’immobilier local en achetant la plus petite bicoque qui se vend dans l’ardenne belge. Les danois doivent être capables d’acheter nos fjords. Nous avons des fjords, nous ?Vous nous avez traversé par la longitude et par la latitude. La latitude de faire ce qu’il fallait pour tout découvrir de ce qui était dérisoire. C’est le dérisoire d’un pays qui est sa vraie richesse, sa vraie spécificité. Marcher sur nos sentiers, c’est se rendre compte qu’ils n’ont pas la même sécheresse que chez vous, les mêmes cailloux enfoncés dans la berdouille, que leurs abords ne sont pas bousculés par les mêmes vents et travaillés par les mêmes insectes. Je voulais vous dire ceci pour quoi encore ? Ah oui, pour vous préciser, chère amie, que j’ai hâte de connaître le vent de votre pays. On le dit sauvage et compréhensif. Est-ce possible ?
Jpol
