Logogrammes Dotremont

Dotremont.

Crie tu m'énerves.

Logogramme.

Très cher,
Me voilà qui m'autorise une entorse à une tacite règle, nulle image ce jour jointe à cette lettre ou plus justement nulle image prise -captée-surprise-fixée-assoupie-domptée-saisie-imaginée-endormie-tracée-esquissée lors de mon voyage en votre pays.
Les encres et pinceaux sont restés dans leurs écrins. Seul l'objectif de mon appareil numérique s'est promené. Je m'aperçois que peu de clichés furent fixés. il y en eu de perdus, certes. Il y en eut de papiers.
Je m'aperçois que j'ai du être captivée, ensorcelée par ce pays. Il faut une certaine distance, distanciation pour imager. Un charme jeté, serait-ce possible ?
Un charme qui par les mots deviendrait maintenant trait d'écriture, des mots à lire, réfléchir, de moi à vous , de nous à ailleurs.
Sous la neige, je voulais revoir votre pays...je sais maintenant que cela doit être une réminiscence des logo-neige. Vous croyez qu'ils réapparaîtront en magie ?
Savez-vous, par chez moi, il y a une plage. Sur cette plage, chaque été un homme apparaît. Il est en kilt. Il porte un biniou. Il descend droit vers la mer, s'arrête et cet air lent, puissant, doux et poignant de l'instrument rempli la plage et la baie. Il laisse le souffle s'éteindre. L'homme prend un long bâton et chaque jour il écrit une ode à la mer. Chaque jour un texte immense s'écrit dans le sable. Nous ne pouvons lire , nous ne sommes pas oiseaux. Mystérieusement, l'homme tourne le dos et tout droit disparaît dans le village. Chaque jour...
Je sais depuis hier, pourquoi, il écrit sur le sable. Il devient aveugle. Seule la plage est assez grande pour contenir ses mots.
A vous, en votre beau pays.
Pol.
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Avez-vous remarqué que je n’ai rien demandé à votre pays... A vrai dire, je ne crois pas pouvoir le comprendre déjà. Ou le comprendre maintenant. Je suis honoré de vous savoir, chère amie, attentive au mien mais j’ai si peu de connaissance de chez vous que je m’attends à perdre pied. Je devrais venir un jour de grand vent, si je suis vos conseils.Un jour de marée forte.Un jour de défi donc.Seule la plage est assez grande pour contenir les mots de l’aveugle.Je ne vois rien.Rien.Il y a deux années, pendant la dernière quinzaine d’octobre, la neige est venue. Soudaine mais épaisse. Pendant cinq jours seulement. Les arbres n’avaient pas fini une mue dorée et orange. Les arbres gardaient l’or et la neige douce semblait chaude.Comme une patience.Du temps pris sur quoi, me direz-vous ?Il y a deux années, pendant la dernière quinzaine d’octobre, la neige est venue, superbe.Les gens ont parlé de cette présence précoce et insolente de l’hiver, puis, ils ont oublié puisqu’il a fait si chaud dans les jours d’après que nous avons mangé au jardin.Je ne vous ai pas dit, très chère, que ce dernier dimanche, les fêtes de Wallonie ont, dit la presse, réveillé les gens. Mais je vous avoue que je ne sais pas trop ce que “réveiller les gens” signifie, à mes propres yeux. Je vous disais : Je ne vois rien. Rien.
Jpol