Educations...

Je me suis fait taiseux ces derniers temps, chère amie. D’autres dans mon pays essaient de parler pour dire la désunion, l’amour, l’union, le désamour. Pendant que la fracture renonce à se réduire, c’est le reste du tissu qui se distend... La mère du père de mes petits enfants s’est installée de bonne heure, devant l’institution de Liège, pour suivre son tour dans une file d’attente (prémonitoire comportement social des wallons en cas de séparation avec les voisins...) pour inscrire ma petite fille dans une école secondaire dont nous pensons qu’elle peut lui apporter l’essentiel de ce dont elle a besoin pour son équilibre et son développement intellectuel, moral et social. Un de ces lieux où percole l’envie d’apprendre et de se responsabiliser. Elle est inscrite. Dans mon aire de travail, la même mesure était d’application pour les établissements scolaires. Pas de file d’attente ici. A vrai dire, pas le moindre changement pour les parents qui pensent avoir envie de donner un peu de perspectives de vie à leur enfants. Ce qui, ici, pardon madame Arena (notre Ministre des futurs responsables du pays wallon) de vous le rappeler, veut dire apprendre les quatre opérations de base en calcul (on ne parle pas de mathématiques, voyez-vous), quelques rudiments de baragouin francophone, en permettant la dynamique du tèwou en permanence puisque le téléphone portable a désormais remplacé l’instit de fin de primaire en” temps dévolu relatif à la journée d’étude”. Dans le quartier où je travaille... 30 % des gosses n’arriveront pas au bout... Au bout du cycle du secondaire. Pourquoi dès lors attendre autre chose que nous nous en occupions (je veux dire le Forem, la Mirec...), in fine, pensent les familles Starac et Plugin, devinent les familles renfermées sur elles-mêmes de l’émigration turque ou marocaine. Quand ils auront dix-huit ans, ils viendront me parler (c'est mon métier que de les "écouter") de leur parcours, un cheminement où le scolaire s’ efface de fait devant le social. Un cheminement duquel, ils tireront quelques regrets d’avoir dérapé sur le bitume des rues du quartier ou quelques vanités de l’avoir fait. Pas d’avoir renoncé à étudier. Les études ratées c’est “j’aimais pas”, “le prof ne m’aimait pas”. C’est surtout l’absence de “t’as fait tes devoirs ?” et la présence récurrente des “Mais, nous ne pouvons objectivement leur imposer un travail à domicile...” Marie (le petit nom de notre Ministre des futurs wallons- Comme cela m’est douloureux d’écrire ces mots “futurs wallons”...), viendriez-vous inscrire à l’école de notre quartier, si vous habitiez ici à Monceau ou Marchiennes, vos enfants sachant que l’absentéisme est de l’ordre de 60 %, couvert la plupart du temps par la famille. Que la violence est telle qu’il n’y a que peu de volontaires pour assurer, pardon, la “garde quotidienne”. Que le respect de l’enseignant est inexistant. Viendriez-vous donner à votre ange l’occasion d’apprendre avec ses petits congénères du quartier le français alors que 68 % des élèves du secondaire sont étrangers, de multiples nationalités et en rupture totale avec une langue jamais pratiquée au domicile familial... Mais oui que vous viendriez, n’est ce pas, fière de participer à cet élan d’une générosité qu’on appelle en Wallonie, dans votre bout de pays, la discrimination positive, inscrire votre petit Mozart ou votre petite Gertrude Stein à Monceau.Au bout de six, sept, huit années, j’aurai la chance de les accueillir, vos petits anges... Je serai obligé de les engueuler pour leur dire que le travail sans diplôme, c’est une galère... Ils auront envie de foutre le camp et vous les attendrez avec des formations venues trop tard et une allocation de chômage qui cumulée à celle du reste de la famille sera suffisante pour survivre. Vous ne travaillez pas à faire autre chose que des survivants. C’est en amont, madame, que tout se joue... Dans l’engagement politique de notre pays, dans les convictions philosophiques des éducateurs (qu’ils soient enseignants ou surtout familiaux). En amont d’une économie dont on appréhende concrètement les besoins. En amont... Dans des projets individuels et collectifs. Toutes ces choses dont, ni vous ni nous, n’ avons le contrôle parce qu’abandonnées à quelques places boursières, à des financiers et aux médias stupides. Pourquoi faire semblant donc de croire que tout le monde (une majorité de tout le monde..) va s’en sortir alors qu’à chaque seconde la marge des élus se resserre. Qu’il va falloir apprendre aux meilleurs à s’exiler, sans doute, faute de pays et d’espoir... Je m’emporte, ma chère amie. Renoncez à publier si vous trouvez que trop d’élans sarkosiens, de droite ou défaitistes vous semblent colorer ce messageAutre chose encore... On parle de supprimer les friteries sur le bord des routes. C’est la dernière de la belgitude. Les “baraques à frites” au rencard pour cause de sécurité routière... Tout fout le camp ma chère. Allez, jetez ce message, il me semble si désespéré. Peut-être, sans doute, politiquement incorrect.Autre chose encore... Pas de gouvernement...On s’habitue doucement à l’affaire courante.
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ps : (qui ne signifie pas pour la circonstance parti socialiste, celui de Marie) Ma petite fille habite un quartier populaire de Liège. Un de ces quartiers où, à cinquante mètres de la maison, se trouve un jardin d’enfants avec des balançoires et des bacs à sable. Ces mêmes lieux adorables infréquentables après dix-huit heures puisque réservés aux dealers. Je fais une crise de quoi là ?
Jpol

2 commentaires:

Elvire a dit…

Vous faites un crise même pas belge, même pas wallone, vous faites une crise trop bien partagée même dans les terres de l'Ouest. Ici, on relance le plan "jeunes ZUS" même pas la peine que je vous le raconte... ils sont 120 jeunes sur le quartier à devoir être pistés d'urgence... Voilà, ils arrivent, la porte est ouverte. J'ai la liste sous excel et les convoc' au fusil. Ensuite ??????????

jpol a dit…

Ici, les pistés d'urgences (nouvelles directives) viennent de finir ou d'arrêter l'école... les gentils écouteurs qui les accueillent au club n'osent pas leur dire qu'il va falloir se battre... n'ose pas leur dire que la frime est d'un autre temps... Ils ne parlent pas le même langage. Et puis surtout, ils ont peur... 30 % de ces jeunes n'ont rien... pas le moindre papier certifié... ils seront 34 % dans deux ans... Mais eux s'en foutent et les écouteurs aussi... pas de suite possible dans l'urgence ou dans la réflexion. Cassure d'un côté comme de l'autre... on finit doucement par devoir tirer... le rideau...