Alechinsky
Cher ami,
Si peu de jours que je vous ai averti de mon absence, à peine ai je attendu en espérant une réponse, le silence prévisible me rend songeuse et soucieuse.
Je me souviens de ces premières lettres et de la question qu'alors je me posais" peut on reconnaître un pays que l'on ne connaît pas ?"... Il faut que je vous avoue la raison de mon absence à venir... je ne sais si j'ai répondu à ma question initiale mais j'ai découvert dans les chemins que vous m'avez fait parcourir, les traces du pays qui est en moi... Il est probable que de ce pays, j'étais à la recherche à travers le votre, comme si aucune carte ne pouvait me rassurer réellement sur sa présence. Désormais je le sais là présent à jamais, inatteignable.
Ce n'est pas de là-bas dont je n'ai plus besoin mais que d'ici je suis libérée .
Bien à vous en votre beau pays.
pol
Oui, très chère amie, vous le saviez, le silence était prévisible. Renoncez à être soucieuse pour la circonstance.Il signifie bien autre chose que l’abandon ou l’absence. De votre Bretagne, vous savez que des lieux s’arrêtent d’exister pour devenir des moments. Ce passage merveilleux et trouble entre l’espace et le temps...S’arrêter devant le rouleau parce qu’il est temps de l’entendre.S’immobiliser face à l’immense parce qu’il se fond en vous...Mon pays est ainsi fait que lui aussi pousse à la faute de nous.Il désarçonne la confiance et conforte la traque...J’aurais du vous prévenir, mon pays est sauvage. Il est faussement doux et paisible.A côté de lui, l’Amazonie est une marre et le désert, un bac à sable.Mais j’aurais du vous dire avant tout qu’il sait reconnaître ses gens. Ceux et celles qui viennent lui rendre hommage ne l’ interéssent que peu. Ceux qui viennent le chercher l’agacent... Ceux qui viennent s’y trouver le comblent...On dit ici qu’il faut devenir arbre pour légitimer sa vie...Vous êtes une belle tige, frêle encore, quelque part dans les sous-bois de Chevetogne...Est bien malin, douce amie, celui qui pourrait dire que le sel du vent de Bretagne s’accroche sur la drève de Reux... A jamais.
jpol


